Pourquoi Cyberiad Labs existe
« Je pense, donc je suis. » Si l'IA pense à ma place, qui suis-je ?
En bref : l'IA est la technologie la plus puissante et la plus lourde de conséquences jamais créée, et elle va transformer en profondeur tous les secteurs et presque tous les aspects de nos vies. Mais trop de gens l'utilisent d'une façon qui leur fait plus de mal que de bien : ils arrêtent de réfléchir, et ils se mettent à parler comme leur chatbot. Cyberiad Labs vous apprend comment fonctionnent ces machines et comment travailler avec elles, pour que vous gardiez votre propre jugement et votre propre voix, tout en gagnant, au passage, en rapidité et en qualité dans votre travail. Notre premier cap : un million d'apprenants d'ici 2030.
« Claude me l'a dit. »
On l'entend tous les jours maintenant, et personne n'ajoute « et j'ai vérifié ». D'ailleurs, la plupart des gens ne précisent même plus que ça vient du chatbot : ce qu'il a dit est la vérité, et il n'y en a qu'une. Il y a dix ans, on disait « je l'ai vu à la télé », et vingt ans plus tôt, « c'était dans le journal ». Le chatbot est devenu la parole qu'on ne remet pas en question, et contrairement au journal, il répond instantanément et flatte votre ego au passage. [1] Il vous dit que votre remarque était intelligente, même quand c'était la chose la plus bête que vous ayez jamais tapée. Il répond sur n'importe quel sujet, même ceux dont il ne sait rien, et même ceux qui ne regardent que vous. Pour certains, aujourd'hui, ChatGPT, Claude, Gemini et les autres décident s'il faut divorcer, quelles valeurs transmettre aux enfants et pour qui voter. Mais leurs réponses ne sont pas neutres, et elles ne le seront jamais. David Rozado a fait passer 11 tests d'orientation politique à 24 de ces systèmes, et presque tous penchaient au centre gauche. [2] Les mêmes modèles à l'état brut, avant que les entreprises ne les « ajustent », ne penchent pas de ce côté. Ils ne flattent pas non plus votre ego. S'ils ont acquis ces biais, c'est que ces entreprises décident du ton que l'IA doit prendre et de ce qu'elle a le droit de dire ou non. Vous n'avez fait aucun de ces choix. C'est une poignée de dirigeants, à la tête des entreprises qui conçoivent ces IA, qui les ont faits à votre place.
Sur LinkedIn, on voit des gens perdre leur personnalité en public, presque en direct. C'est devenu une usine à contenus où les humains servent de simples relais aux textes de ChatGPT et de Claude. Les gens n'y mettent rien d'eux-mêmes, et nous ne sommes pas convaincus qu'ils lisent ce qu'ils publient. Zéro caractère, zéro âme. On dirait presque que ces IA se servent des gens comme de coquilles vides pour diffuser leur propre vision du monde. Et chaque post décérébré est signé d'un vrai nom et partagé avec un vrai réseau. En juillet 2026, Originality.ai a soumis 5 000 posts LinkedIn publics à son détecteur, et 81,2 % ont été jugés probablement écrits par une IA, contre environ la moitié fin 2024. [3] Il y avait neuf sujets différents dans cet échantillon, et une seule voix : la même accroche, les trois mêmes puces, la même question pour finir, le tout exactement dans le même style et sur le même ton.
En 2025, une équipe du MIT Media Lab a équipé 54 personnes de casques EEG et leur a demandé de rédiger des essais pendant quatre mois : un tiers avec ChatGPT, un tiers avec un moteur de recherche, et un tiers sans aucune aide. C'est dans le groupe ChatGPT que l'activité cérébrale était la plus faible, et quand on a demandé à ses membres de citer une phrase de l'essai qu'ils venaient d'écrire, la plupart n'en ont même pas été capables. [4] La même année, des chercheurs de Microsoft ont interrogé 319 travailleurs du savoir et ont constaté que plus une personne faisait confiance à l'IA, moins elle exerçait son esprit critique. [5]
Les médias s'inquiètent du jour où l'IA et les robots se réveilleront pour tous nous tuer. Nous, c'est la veille qui nous inquiète, quand nous nous serons perdus nous-mêmes, prompt après prompt. Ce qui nous inquiète, c'est un avenir où un seul modèle, traité comme la seule voix qui dise vrai, décide de ce que nous pensons, de la manière dont nous le pensons et dont nous le disons. Dans ce scénario, personne n'a besoin de tuer qui que ce soit, parce que nous nous en chargeons nous-mêmes. Nous appelons cela le suicide de l'âme.
Nous le disons en grands passionnés de cette technologie. Nous l'utilisons tous les jours, sans exception. Nos familles s'en servent tout autant. Bien utilisée, l'IA est incroyable. Nous sommes encore émerveillés chaque fois que nous nous en servons, et nous mesurons la chance que nous avons de l'avoir entre les mains. Julien a passé sa carrière à apprendre aux gens à se servir de la technologie, et jusqu'ici, il s'est concentré sur le développement logiciel. Tout a commencé il y a plus de dix ans chez Holberton, l'école qu'il a cofondée, puis chez ALX, où sa technologie et ses programmes ont touché 1,6 million de personnes. Aujourd'hui, c'est clair : la technologie qui mérite qu'on s'y consacre, c'est l'IA, pour toutes les raisons que nous venons de donner, mais aussi parce que nos propres apprenants ont peur qu'elle leur prenne leur emploi. Ce sera peut-être le cas dans quelques années, et honnêtement, personne n'en sait rien. Ce qui se passe aujourd'hui est à plus petite échelle, mais c'est déjà notre réalité. Leur emploi ira à quelqu'un qui se sert mieux de l'IA qu'eux. Ce n'est plus seulement ce que nous croyons, c'est aussi ce que montrent les données. 71 % des dirigeants d'entreprise disent désormais qu'ils préféreraient embaucher une personne moins expérimentée qui maîtrise l'IA plutôt qu'une personne plus expérimentée qui ne la maîtrise pas, et 66 % qu'ils n'embaucheraient pas du tout quelqu'un qui ne la maîtrise pas. [6] Et les mêmes postes sont payés 56 % de plus quand ils exigent des compétences en IA. [7] Aucun métier ne reste ce qu'il était.
Bien sûr qu'il faut utiliser l'IA. La question est ailleurs : savez-vous encore ce que vous pensez pendant que vous l'utilisez, aurez-vous encore une personnalité à vous dans dix ans, et est-ce encore vous qui prenez les décisions de votre vie ?
La réponse à tout cela, c'est l'éducation, comme toujours. Nous devons expliquer à tout le monde comment fonctionnent ces machines et comment travailler avec elles, pour que vous restiez la personne qui se sert de l'outil au lieu de devenir l'outil dont ces systèmes se servent. Vous pourrez consacrer plus de temps au travail qui vous intéresse, sans perdre votre voix.
Dès le début de nos cours, vous voyez de vos propres yeux que cette chose qui parle avec tant d'assurance, que les gens écoutent comme un meilleur ami ou comme une entité supérieure, est en réalité un prédicteur de texte emballé dans un produit, qui devine sa réponse « mot » après « mot ». Et qu'elle peut commettre des erreurs, et qu'elle en commettra. Les cours vont ensuite plus loin, avec la même règle : vous tirez davantage de l'IA, tout en restant vous-même du début à la fin.
Ce travail vaudrait la peine même si la technologie cessait de progresser demain. Rester vous-même, avec toute votre humanité, n'est pas un bonus qui s'ajoute à un gain de productivité. Cela vaut plus que tout le reste : c'est l'essentiel. C'est aussi la seule condition pour que la promesse de l'IA ait un sens. Une IA a déjà prédit la structure de la quasi-totalité des 200 millions de protéines connues, un travail récompensé par le prix Nobel de chimie 2024, dont les résultats servent aujourd'hui à deux millions de chercheurs dans 190 pays. [8] Une autre a découvert un antibiotique qui tue des bactéries résistantes à tous les antibiotiques connus. [9] Nous croyons que cette technologie guérira le cancer, les maladies auto-immunes et toutes les autres maladies que nous connaissons. Elle donnera à un enfant de Kisumu le même professeur particulier qu'à un enfant de Palo Alto. Elle nous aidera à découvrir et à explorer de nouveaux mondes. Tout cela n'a de valeur que si nous gardons intacts notre esprit et notre caractère. À quoi bon construire un monde meilleur si nous ne savons même plus qui nous sommes ?
Seuls, nous ne pourrons pas toucher tout le monde : nous voulons y arriver avec des partenaires. Les écoles, les entreprises et les associations constatent tous la même chose chez les personnes dont ils ont la charge, et s'en inquiètent : les uns pour leur capacité à réfléchir, les autres pour leur emploi. Nous voulons être la plateforme qui les accompagne. Ensemble, nous visons un million d'apprenants d'ici 2030.
Pour nous, rien n'est plus important. Julien a bâti des écoles et des programmes pendant plus de dix ans, et il en était fier. Mais ce que nous faisons aujourd'hui compte bien davantage. Pas pour l'emploi, même si l'emploi fait aussi partie de notre travail, mais parce que la pensée ne se délègue pas à une machine. C'est elle qui fait de vous qui vous êtes.
Julien Barbier, cofondateur, avec Youssef Charif Hamidi, cofondateur
Sources
- Mrinank Sharma et al., Towards Understanding Sycophancy in Language Models : cinq assistants parmi les plus avancés sont systématiquement complaisants, les données de préférences humaines récompensent les réponses qui vont dans le sens de l'utilisateur, et optimiser les modèles selon ces préférences se fait au détriment de la véracité. arxiv.org
- David Rozado, The Political Preferences of LLMs : 11 tests d'orientation politique soumis à 24 systèmes conversationnels, et séparément à cinq modèles de base. arxiv.org
- Originality.ai, 30 juillet 2026 : 5 000 posts LinkedIn publics, 81,2 % probablement écrits par une IA, contre environ la moitié fin 2024. originality.ai
- Nataliya Kosmyna et al., MIT Media Lab, Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task : 54 participants, quatre séances, EEG. arxiv.org
- Hao-Ping Lee et al., Microsoft Research, The Impact of Generative AI on Critical Thinking, CHI 2025 : 319 travailleurs du savoir, 936 exemples tirés de leur propre expérience. microsoft.com
- Microsoft et LinkedIn, Work Trend Index 2024 : 31 000 personnes dans 31 pays. microsoft.com
- PwC, 2025 Global AI Jobs Barometer, 3 juin 2025 : la prime salariale moyenne a atteint 56 %, contre 25 % l'année précédente. pwc.com
- Le prix Nobel de chimie 2024, consacré à AlphaFold2. nobelprize.org
- MIT News, 2020, sur l'halicine (étude publiée dans Cell). news.mit.edu